« 37,9 milliards de dollars : le jour où la culture coréenne est devenue le prochain grand exportateur — juste après les semi-conducteurs »

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SUNAM PARK
By PARC SUNAM Rédacteur en chef

▲ Taemin sur la scène du Coachella 2026. Une première page d’histoire du Coachella pour un artiste solo masculin coréen.
▲ Taemin sur la scène du Coachella 2026. Une première page d’histoire du Coachella pour un artiste solo masculin coréen.

[Rédacteur en chef du magazine Kave = Park Su-nam] Le désert californien en avril est brûlant. Mais cette ardeur n’est rien, comparée à la chaleur que la culture coréenne dégage aujourd’hui pour le monde.

Le 9 avril, le groupe BTS a ouvert le bal de sa tournée mondiale complète en quatre ans au stade de Goyang avec 'ARIRANG'. Le 11 avril, Taemin est monté sur la scène du Coachella (Coachella) — une première pour un soliste masculin coréen — et a donné un avant-goût en live de six nouvelles chansons. Le même week-end, BIGBANG s’est emparé de la scène principale du Coachella pour célébrer son 20e anniversaire. Aujourd’hui, le 13 avril, Tomorrow X Together (TXT) sort son 8e mini-album, et PLAVE prépare son retour.

Ce n’est pas seulement une vague de retours. C’est un moment historique où un pays, la Corée, conquiert en même temps le monde dans tous les domaines — musique, nourriture, littérature, technologie et mode de vie.

I. La tournée mondiale de BTS « ARIRANG » : une vague culturelle de 1,8 milliard de dollars

Le mercredi 9 avril, le stade de Goyang. Les sept membres de BTS ont lancé, pour la première fois, une tournée mondiale complète après plus de trois ans de service militaire. Et l’ampleur de cette tournée n’a rien à voir avec le reste.

34 villes, 82 représentations, jusqu’en mars 2027. Selon Reuters, il s’agit de la plus grande tournée mondiale de l’histoire du K-pop. En commençant par la Corée et le Japon, puis en traversant les États-Unis, le Mexique, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, avant de s’élancer vers l’Amérique latine : Colombie, Pérou, Chili, Argentine et Brésil. Puis, autour du globe jusqu’en Thaïlande, en Malaisie, à Singapour, en Indonésie, aux Philippines, à Taïwan, à Hong Kong et en Australie. Une grande odyssée qui fait le tour de la planète.

Avant même le lancement de la tournée, les records ont commencé à tomber. Le 5e album 'ARIRANG', sorti le 20 mars, a atteint la première place du Billboard 200 pendant deux semaines consécutives, dès sa sortie. Les streams très demandés sur le territoire américain lors de la première semaine ont grimpé jusqu’à 99,1 millions de streams. Pour un artiste de K-pop, c’est le meilleur score de tous les temps. En Corée, au Japon et en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe, toutes les places étaient vendues d’avance. Il est désormais devenu une anecdote célèbre que la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, ait envoyé une lettre au président de la République de Corée, Lee Jae-myung, lui demandant « d’augmenter davantage le nombre de concerts de BTS ».

L’analyste Kim Yu-hyuk, d’IBK Investment & Securities, estime les revenus de la tournée à 2 700 milliards de won (environ 180 millions de dollars). C’est une somme comparable à, voire supérieure, à l’Eras Tour de Taylor Swift (2,1 milliards de dollars).

Mais la vraie signification de cette tournée se trouve au-delà des chiffres. Le nom de l’album : « Arirang ». Le leader de BTS, RM, l’a formulé ainsi.

« Le succès du K-pop vient du fait qu’on respecte la diversité et qu’on embrasse la culture du monde, tout en ne laissant jamais de côté l’identité unique de la Corée. »

RM, le leader de BTS

Le fait d’avoir choisi une chanson traditionnelle coréenne comme titre d’album, c’est une déclaration que BTS adresse au monde. Nous chantons dans la langue du monde, mais les racines sont coréennes.


II. Taemin bouscule le désert du Coachella avec « MOVE »

▲ Taemin en pleine prestation sur la scène de Coachella Mohave
▲ Taemin en pleine prestation sur la scène de Coachella Mohave

Le vendredi 11 avril, à 19 h : la scène Coachella Mohave. Taemin s’est tenu sur la scène du Coachella pour la première fois — en tant qu’artiste solo masculin coréen. Pendant 50 minutes, il a prouvé pourquoi il est « une légende vivante » du K-pop.

Après la vidéo d’introduction, Taemin a lancé le spectacle avec le single 2024 « Sexy in the Air ». Puis, après « WANT » (2017), il a présenté un set-list audacieux : la première diffusion en live de six nouvelles chansons inédites. Avec un live band et une équipe de danseurs complets, il a d’abord dévoilé de nouvelles versions live de « MOVE », « Guilty », « Advice » et « IDEA ». Ensuite, il s’est assis devant le grand piano qu’il avait apporté sur scène, révélant ainsi sa maîtrise en tant que pianiste.

« Wassup, Coachella — my name is Taemin ! » a lancé Taemin au public, bondé et en pleine effervescence. « I’ve been waiting for this moment for a long time. »

Avant son passage au Coachella, lors de The Jennifer Hudson Show, Taemin avait déclaré : « En Corée, il y a un dicton : les grandes opportunités arrivent trois fois dans la vie. Et celle-ci en fait partie. » Après 20 ans de carrière, un artiste solo qui, jusqu’ici, travaillait surtout en Asie — et qui a franchi un cap grâce au succès de sa première tournée solo aux États-Unis — arrive maintenant au Coachella. Et sur le même Coachella, BIGBANG a offert une performance pour célébrer ses 20 ans, tandis que KATSEYE a partagé la scène avec les membres HUNTR/X de l’animation Netflix « KPop Demon Hunters ».

Le désert du Coachella est devenu le territoire du K-pop.


III. La guerre du K-pop en avril : qui survivra ?

Même dans ce contexte, l’industrie du K-pop n’a aucun répit. Le calendrier des sorties de ce mois-ci, que la Korea Times a surnommé « la ruée des retours d’avril », est sans précédent : les dates sont extrêmement serrées. Korea Times

Date

Artiste

Album / Single

Particularités

4.3

T.O.P

Premier album solo studio

Retour solo après 13 ans

4.6

KickFlip

« My First Kick »

Le groupe de garçons JYP le plus jeune

4.6

KISS OF LIFE

« Who is she »

Retour en Corée en 10 mois

4.7

AKMU

« FLOWERING »

4.7

WJSN Dayoung

« What’s a girl to do? »

Single solo numérique

4.13

TXT

Mini-album « 7TH YEAR »

Premier projet « Acte 2 » après la reconduction du contrat

4.13

PLAVE

« Caligo Pt.2 »

Percée des boys bands virtuels

4.15

ifeye

« As If »

Nouveau rookie en 2025

4.17

Xdinary Heroes

Nouveau disque

Unité du groupe JYP

4.20

NCT WISH

« Ode to Love » — premier album studio

Premier album studio pour les jeunes talents SM

4.20

CORTIS

« GREENGREEN » — avant-première

Rookie : entrée à la 15e place du Billboard 200

4.30

ILLIT

« MAMIHLAPINATAPAI » — mini-album, 4e édition

Avant la Coupe du monde de la FIFA de juin et les élections locales simultanées dans tout le pays, avril est devenu le 'dernier couloir de décollage' de l’industrie du K-pop. Dans cette compétition acharnée, la question centrale est de savoir qui saura faire le bruit et créer un impact durable.


IV. Au-delà du K-pop : la « deuxième vague » de la vague coréenne est arrivée

▲ Des touristes étrangers dégustant des ramen coréens dans une supérette à Séoul. Yonhap
▲ Des touristes étrangers dégustant des ramen coréens dans une supérette à Séoul. Yonhap

Mais si l’on explique la vague coréenne de 2026 uniquement par le K-pop, on n’en verrait que la moitié.

Les résultats de la « Enquête sur l’état de la vague coréenne à l’étranger 2026 » publiée par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme sont stupéfiants. Dans cette enquête d’envergure historique menée auprès de 30 pays et 27 400 personnes, les consommateurs étrangers de contenus coréens dépensaient en moyenne 14,7 heures et 16,60 dollars par mois pour des contenus culturels coréens. Par rapport à l’année précédente, le temps comme les dépenses ont augmenté.

Le point le plus remarquable est que le mot-clé « menace nucléaire nord-coréenne / risque de guerre » a chuté pour la première fois hors du top 10 de l’image de la Corée. À sa place, ce sont « les produits IT » (4,8 %) et « l’automobile » (3,6 %) qui prennent le relais. L’image mondiale de la Corée s’est totalement transformée : d’« instabilité géopolitique » à « un pays de culture et de technologie ».

L’essor du hansik (la cuisine coréenne)

Les exportations de K-Food ont atteint un record en 2025, avec 13,62 milliards de dollars, et ont poursuivi une croissance ininterrompue depuis 10 ans. K-Beauty a progressé de 12,3 %, à 11,4 milliards de dollars. Ces deux secteurs ont fait irruption, pour la toute première fois, dans le top 10 des produits d’exportation de la Corée (respectivement aux 9e et 10e places). En ajoutant aussi les autres exportations de contenus culturels comme les jeux et la musique, le total des exportations de K-Culture s’élève à 37,94 milliards de dollars, faisant de la Corée le 4e plus grand secteur d’exportation.

Après que Netflix a placé la cuisine coréenne sous les projecteurs mondiaux avec « Culina(ry) Class Wars (Chef du monde : classes en guerre) » et « Squid Game », le gouvernement inaugurera cette année une école de cuisine spécialisée en hansik, destinée aux étrangers : 'Sura School (Sura School)'. L’objectif est de former des experts en vue de la mondialisation du hansik traditionnel.

L’effet Han-gang : la vague coréenne de la littérature

▲ L’auteure Han Kang, prononçant son discours de réception lors du Prix Nobel de littérature 2024. AFP-Yonhap
▲ L’auteure Han Kang, prononçant son discours de réception lors du Prix Nobel de littérature 2024. AFP-Yonhap

Depuis le prix Nobel de littérature remporté par l’auteure Han Kang en 2024, le taux de couverture médiatique à l’étranger sur la littérature coréenne a bondi : de 1,2 % au 3e trimestre 2024 à 32,4 % au 4e trimestre. En Afrique, c’est la littérature coréenne qui suscite le plus d’intérêt ; en Océanie, ce sont les films coréens ; au Brésil, les films ; au Vietnam, les dramas — et l’on observe clairement une différenciation régionale selon les types de contenus de la vague coréenne.


V. La Corée, « puissance culturelle » — ce que disent les chiffres

Brand Finance Global Soft Power Index 2026 : la Corée atteint la 11e place mondiale (59,2/100), en gagnant une place par rapport à l’année précédente (12e). Mais les détails sont encore plus impressionnants.

Catégorie

Rang mondial

🔬 Technologies avancées & innovation

5e

🚀 Exploration spatiale

9e

💼 Les marques que le monde adore

7e

📈 Potentiel de croissance futur

6e

🎭 Influence des arts & du divertissement

7e

🍜 La nourriture préférée du monde

10e

Dans le cadre de son objectif de devenir un des « 5 pays de soft power mondial », le gouvernement coréen pousse la réalisation de 360 millions de dollars d’exportations culturelles d’ici 2030, en s’appuyant sur la musique, les drames, les webtoons, la beauté et la nourriture. Or, en 2025, cet objectif a déjà été dépassé : 37,9 milliards de dollars. L’objectif a été rattrapé par la réalité.

Parallèlement, dans l’enquête sur l’état de la vague coréenne à l’étranger, le taux d’expérience des contenus coréens par les pays occidentaux a bondi de plus de 10 points de pourcentage par rapport à l’année précédente. Aux États-Unis, les taux d’expérience des films, des dramas et des programmes divertissants coréens ont tous progressé de plus de 10 points. Au Royaume-Uni, les domaines de la mode, de l’animation et de l’édition ont affiché une hausse allant jusqu’à 12,3 points de pourcentage. En France : +11,3 points ; en Italie : +9,7 points ; en Espagne : +6,4 points. Les chercheurs qui mènent cette enquête depuis 15 ans y voient « un tournant qualitatif : l’entrée dans le marché culturel dominant de l’Occident ».


VI. Mais il y a aussi des choses que nous devons garder à l’œil

Même dans ce récit si rose, il y a des fissures. Il faut être honnête.

Premièrement, le risque de concentration du marché. Plus de 40 % des exportations de K-Food et de K-Beauty sont concentrées sur seulement trois pays : les États-Unis, la Chine et le Japon. Plus de 80 % des entreprises exportatrices sont des PME, donc elles sont extrêmement vulnérables aux hausses de droits de douane ou aux changements réglementaires. Dans une situation où l’on prévoit que la politique commerciale de l’administration Trump aura un effet négatif sur 9 des 15 principaux produits exportés par la Corée, la diversification des exportations culturelles devient une question de survie.

Deuxièmement, le « commercialisme excessif ». Dans l’enquête sur l’état de la vague coréenne à l’étranger, la première perception négative (16,1 %) était précisément le « commercialisme excessif ». Quand la vague coréenne ne se résume qu’au fait que « ça se vend », l’authenticité de la culture en pâtit. La deuxième place revient à la situation en Corée du Nord (12,9 %) et la troisième à des comportements inappropriés d’artistes coréens (11,5 %).

Troisièmement, la durabilité. L’exportation de K-Culture, qui atteint 37,9 milliards de dollars, dépend encore largement de l’enthousiasme suscité par la vague coréenne elle-même. Si l’attention mondiale diminue, les exportations peuvent aussi chuter brusquement. La transition vers une structure véritablement autonome n’est pas encore totalement achevée.


La nuit où « Arirang » est devenu une chanson du monde

▲ BIGBANG et Taemin à Coachella 2026 — le K-pop est devenu le cœur du festival
▲ BIGBANG et Taemin à Coachella 2026 — le K-pop est devenu le cœur du festival

En 1994, une note de politique publique a été transmise au président Kim Young-sam. C’était une comparaison : le film « Jurassic Park » de Spielberg aurait généré des revenus comparables à la valeur de 1,5 million de véhicules exportés par Hyundai Motor. À l’époque, l’exportation annuelle de voitures en Corée ne dépassait même pas 700 000 unités. Une histoire où un seul film hollywoodien a dépassé l’exportation de deux années.

Trente ans plus tard, en 2026, la Corée n’envie plus « Jurassic Park ». Un seul « Arirang » en tournée de BTS : 1,8 milliard de dollars, l’ensemble des exportations de culture coréenne : 37,9 milliards de dollars, et l’argent mensuel que le monde dépense pour les contenus de la vague coréenne : 16,60 dollars. L’industrie culturelle coréenne est devenue le 4e secteur majeur d’exportation, après les semi-conducteurs, l’automobile et la construction navale.

Le fait que BTS ait donné à un album le nom « Arirang », c’est l’expression d’une conviction : cette vieille mélodie qui porte la tristesse, les joies et l’histoire de la Corée peut désormais devenir la chanson du monde. Quand Taemin a dit à Coachella « les grandes opportunités arrivent trois fois dans la vie », c’est l’humilité et la détermination d’un artiste qui a mis 20 ans à parcourir ce chemin. Le retour de T.O.P avec un album solo après 13 ans prouve que le K-pop est en train de devenir un art qui traverse les générations, et pas seulement une « culture de la jeunesse ».

La culture coréenne n’est désormais plus un simple « trend ». C’est un style de vie intégré, structurellement, aux marchés mondiaux. Que ce soit une femme qui voit « sa vie d’agrume » dans le métro à l’heure du départ à Paris, ou un étudiant à Sao Paulo qui stream la même série, le total de toutes ces actions se traduit par un chiffre : 37,9 milliards de dollars.

Il y a des risques : un commercialisme excessif, une trop forte concentration sur le marché, et l’incertitude quant à la durabilité. Mais pour ce moment-ci, une chose est certaine.

En avril 2026, Arirang est devenu la chanson du monde.

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